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Par Patrick Martin
9 février 2012

Un rapport du Bureau du journalisme d'investigation (BJI) de Londres a établi que l'Agence de renseignements extérieurs américaine, la CIA, a délibérément attaqué des sauveteurs et des cortèges funéraires au cours de frappes secondaires qui suivaient des attaques de drones contre des rebelles dans les zones tribales du Pakistan. Les faits ont été rendus publics sur le site web du groupe et repris par le Sunday Times de Londres.

D'après l'organisation, qui comprend des journalistes britanniques et pakistanais, au moins 50 civils ont été tués au cours des frappes secondaires pendant qu'elles tentaient de porter secours aux victimes d'une frappe initiale de drones de la CIA. Des dizaines d'autres ont été tuées par des frappes de missiles visant les funérailles de victimes des attaques de drones.

En tout, le groupe a établi que « Depuis qu'Obama est entré en fonction il y a trois ans, la mort d'entre 282 et 535 civils a été annoncée de manière crédible, dont celle de plus de 60 enfants. » Les représentants du Pakistan et les travailleurs des associations humanitaires ont annoncé un nombre bien plus élevé de décès dans les zones tribales du Pakistan, allant jusque plusieurs milliers.

Parmi les cas de meurtres en masse détaillés dans ce rapport, il y a :

- Le 16 mai 2009 : un drone américain a frappé un groupe de militants talibans dans le village de Khaisor, tuant une dizaine de personnes. Alors que les villageois sortaient les corps des décombres, deux missiles supplémentaires ont frappé, portant le bilan à au moins 29 morts.

- Le 23 juin 2009 : une frappe de la CIA a tué Khwaz Wali Mehsud, un commandant taliban du Pakistan, et cinq de ses compagnons. 5000 personnes se sont rendues aux funérailles organisées le jour même. Des drones américains ont fait une nouvelle frappe tuant 83 personnes, dont dix enfants.

- Le 17 mars 2011 : le jour qui a suivi la libération par le Pakistan de Raymond Davis, contractuel de la CIA qui avait été détenu durant deux mois pour avoir tué deux Pakistanais à Lahore, une attaque de drones de la CIA a tué 42 personnes au Nord Waziristan, frappant ce qui d'après un officier de l'armée pakistanaise n'était qu'une réunion tribale pour résoudre un problème de propriété sur des terrains, et non un rassemblement de talibans.

Les experts de droit international ont caractérisé ces frappes secondaires de drones comme des crimes de guerre. Clive Stafford Smith, qui a lutté pour la libération de nombreux innocents détenus à Guantanamo, a déclaré au BJI que les frappes de drones « sont comme attaquer la Croix-Rouge sur le champ de bataille. Ce n'est pas légitime d'attaquer quiconque n'est pas combattant. »

Christof Heyns, rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, a déclaré au groupe : « Les allégations de frappes secondaires arrivant après une demi-heure, lorsque les équipes médicales sont sur les lieux, sont très inquiétantes. Viser des civils constituerait un crime de guerre. »

En programmant les frappes secondaires pour qu'elles tuent des gens venus aider les victimes d'une première explosion, la CIA a employé une tactique que les représentants américains ont régulièrement dénoncée comme étant du « terrorisme » lorsqu'elle était pratiquée par les rebelles pendant la guerre en Irak. De telles attaques sont délibérément menées pour infliger un maximum de pertes à la population civile.

Le gouvernement Obama a été atteint par le rapport du BJI. En effet ce rapport a été publié quelques jours seulement après qu'Obama a dit au cours d'un forum sur YouTube, dans un commentaire largement diffusé, que « Les drones n'ont pas causé un grand nombre de pertes parmi les civils. » Il a décrit ces frappes comme « un effort ciblé, précis, contre des gens qui figurent sur une liste de terroristes actifs. » Le New York Times, dans son compte-rendu de l'intervention, a cité « un responsable de haut niveau de l'antiterrorisme américain » qui accusait ceux qui rendaient publique la réalité des meurtres de masse américains au Pakistan d'être « des éléments qui n'aimeraient rien de mieux que discréditer ces efforts et d'aider Al Quaïda à gagner. »

Ce commentaire revient à une menace de mort contre les journalistes impliqués et leurs sources d'informations, les dénigrant comme des soutiens d'Al Quaïda. En citant cette déclaration sans mentionner le nom du responsable, le Times se rend complice de cette menace de représailles.

Ce rapport du BJI est une preuve de plus que les officiels du gouvernement Obama, du Pentagone et de la CIA devraient être poursuivis en justice pour crimes de guerre devant un tribunal international.

Les atrocités commises durant ces frappes de drones ne sont pas des aberrations, elles démontrent en fait la nature profonde de l'intervention américaine en Afghanistan et au Pakistan, qui en est à sa onzième année. L'appareil militaire et de renseignements des États-Unis, soutenu par ses alliés de l'OTAN, est engagé dans une guerre impérialiste barbare contre les masses opprimées des deux côtés de la frontière.

Les travailleurs aux États-Unis et partout dans le monde doivent exiger le retrait immédiat de tous les soldats américains et de l'OTAN, du personnel des services de renseignement et des contractuels militaires d'Afghanistan et du Pakistan et mettre fin à la politique américaine qui consiste à faire pleuvoir la mort et la destruction sur des gens innocents et sans défense.

(Article original paru le 7 février 2012)

wsws.org

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