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par Pierre Dubuc

Maintien de la hausse des droits de scolarité, suspension des cours et disqualification des organisations étudiantes. Avec sa loi spéciale - dont le libellé n'est pas connu au moment d'écrire ces lignes - le gouvernement Charest poursuit son travail d'intégration des universités québécoises au réseau universitaire mondial, en conformité avec les principes néolibéraux du processus de Bologne, et transforme le Québec en « Right-to-study state » sur le modèle des « Right-to-work states » du sud des États-Unis.

Dans l'entente du 6 mai dernier, aujourd'hui caduque, la ministre Courchesne avait sournoisement introduit, avec l'article 2, la création d'un Conseil permanent des universités dont le mandat aurait été d'examiner, « à la lumière des meilleures pratiques », des sujets comme « l'abolition et la création de programmes, l'internationalisation, les partenariats entre les universités et les milieux, la formation continue, la qualité de la formation, de la recherche, du soutien, et les instances universitaires ».

Les observateurs attentifs de la scène universitaire avaient vu dans cette clause - sans lien réel avec la question des droits de scolarité - une volonté du gouvernement de se conformer au processus de Bologne. Celui-ci tire son nom d'une conférence tenue à Bologne en juin 1999 où 29 pays européens ont signé un texte qui visait la création d'un espace commun européen de l'enseignement supérieur.

Ce processus se divise en trois grandes réformes. Premièrement, uniformiser les études en trois cycles. Deuxièmement, mettre en place un système unique pour le calcul des crédits universitaires transférable entre les établissements. Troisièmement, implanter une assurance-qualité, dont la gestion est confiée à des organismes externes aux universités.

Au Québec, les deux premières réformes sont déjà en place, mis à part la non corformité du réseau des cégeps, d'où les appels récurrents à son abolition - le dernier, à ce jour, venant de la CAQ de Sirois-Legault - et sa restructuration sur le modèle des « college » du Canada-anglais.

En Europe, cette réforme, prenant pour modèle les universités américaines, présente l'éducation comme un investissement personnel. Elle s'accompagne d'une hausse importante des droits de scolarité avec le remboursement proportionnel au revenu, soit exactement les mesures mises de l'avant par le gouvernement Charest.

Dans ce grand marché mondial, l'éducation est une industrie et les universités des entreprises qui se livrent une concurrence féroce pour attirer les étudiants internationaux. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a d'ailleurs identifié, au nombre de ses objectifs prioritaires, la nécessité d'« accroître les ressources pour attirer les étudiants étrangers ».

Aussi, il n'est pas étonnant qu'en plein conflit, les recteurs de nos universités n'aient pas hésité à se rendre au Brésil pour recruter des étudiants. Le gouvernement brésilien vient d'annoncer que plus de 100 000 étudiants brésiliens fréquenteront, au frais de leur gouvernement, des universités étrangères au cours des quatre prochaines années. Le Canada prévoit en attirer 12 000 et les universités québécois veulent « leur juste part » de cette manne.

Le marché international des étudiants internationaux est en pleine expansion. En 2008, 3,3 millions d'étudiants étaient scolarisés dans des pays dont ils ne sont pas ressortissants. Une hausse de 154% sur une période de cinq ans. Et, de toute évidence, la demande est forte pour des études en langue anglaise. Les trois universités anglophones du Québec accueillent 41,2% de tous les étudiants internationaux (McGill: 24,8%, Concordia: 15,3% et Bishop's: 1,1%) même si les anglophones ne représentent que 8,3% de la population. On comprend mieux l'ouverture par les HÉC, l'Université de Montréal et même l'UQAM de cours dispensés en anglais.

Au Québec, le nombre d'étudiants internationaux est passé de 9 135 en 2003 à 26 191 en 2010. Aujourd'hui, dans les universités québécoises, près d'un étudiant sur dix est un étudiant international.

Pour les universités et le gouvernement du Québec, les étudiants internationaux sont beaucoup plus « payants » que les étudiants québécois, si on fait exception des étudiants en provenance de la France et d'autres pays avec lesquels le Québec a des ententes.

Au total, les droits universitaires exigés des étudiants étrangers est d'environ sept fois supérieur à ceux payés par les étudiants québécois. Alors, pourquoi ne pas remplacer les étudiants québécois évincés par la hausse des droits de scolarité par des étudiants en provenance d'autres pays?

Mais, les droits versés par les étudiants internationaux, même bonifiés, ne couvrent pas les coûts réels de plusieurs formations (médecine, polytechnique, etc.) Nous subventionnons donc, par le biais de nos impôts, une partie de la scolarité d'étudiants dont le plus grand nombre retourneront dans leur pays au terme de leurs études.

Bien entendu, il y a d'autres avantages financiers pour le pays hôte à accueillir des étudiants internationaux. Ceux-ci doivent se loger, se vêtir, se nourrir, se divertir, etc. Mais la question se pose : ces retombées économiques et les droits de scolarité qu'ils défraient compensent-ils le montant de la subvention que nous leur octroyons?

La présence d'étudiants internationaux est certes source d'enrichissement culturel et le Québec a le devoir comme pays riche d'accueillir des étudiants de pays pauvres. Déjà, des ententes avec ces pays codifient l'aide désintéressée que nous leur apportons.

Cependant, le marché actuel des étudiants internationaux est d'une autre nature. Il a toutes les caractéristiques d'une industrie et il illustre parfaitement le phénomène de la marchandisation de l'éducation à l'époque de la mondialisation.

De toute évidence, le gouvernement Charest donne préséance au positionnement de nos universités dans le palmarès mondial des universités à la scolarisation de Québécoises et des Québécois.

Malheureusement pour lui, heureusement pour nous, les étudiantes et les étudiants ne l'entendent pas ainsi. Par leur lutte courageuse et déterminée contre la hausse des droits de scolarité, ils remettent en question les fondements même de cette vision libérale de l'éducation.

Preuve que l'enjeu dépasse, pour le gouvernement, le montant des droits de scolarité, il recourt à une loi spéciale où primauté est accordée aux droits individuels sur les droits collectifs, où le « droit d'étudier » d'un étudiant l'emporte sur la décision collective d'une assemblée étudiante.

C'est exactement la situation que doivent vivre les travailleurs et les organisations syndicales dans les « right-to-work states », ces anciens États esclavagistes du sud des États-Unis, où les conventions collectives sont illégales et les syndicats condamnées à agir dans la clandestinité. Est-ce le même sort qui attend les organisations étudiantes?

Que le gouvernement Charest attaque ainsi le droit associatif ne devrait pas nous surprendre. Il y a un lock-out à l'usine Rio Tinto Alma parce que le gouvernement a ouvert la porte à la sous-traitance avec les modifications apportées à l'article 45 du Code du travail en 2003. Il a laissé l'entreprise violer l'esprit de la loi anti-scab avec l'embauche de nombreux cadres avant le déclenchement du conflit et il permet à Hydro-Québec d'acheter les kilowatts disponibles par l'arrêt de deux tiers de la production.

La lutte des étudiantes et des étudiants doit être la lutte de toutes les Québécoises, de tous les Québécois et de toutes leurs organisations. Elle doit être portée au niveau politique et s'inscrire dans la lutte de l'émancipation du peuple québécois.

Nous ne pourrons établir la gratuité scolaire et améliorer nos programmes sociaux, tout en continuant à défrayer 20% des dizaines de milliards octroyés par le gouvernement fédéral pour l'exploitation des sables bitumineux, l'industrie automobile ontarienne et l'achat des F-35.

La lutte contre le néolibéralisme a ses spécificités nationales. Au Québec, elle passe par l'indépendance nationale. Elle seule a le potentiel d'ébranler les structures de domination, de libérer les forces créatrices et d'être un ferment de transformation sociale à l'échelle de l'Amérique du Nord.

mondialisation.ca

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Lettre du Congrès canadien pour la Paix sur la grève étudiante du Québec et sur la loi 78

par Congrès canadien pour la paix

Le Congrès canadien pour la Paix s'oppose à la loi 78 anti-manifestation adoptée par le gouvernement Charest et affirme son entière solidarité avec la grève étudiante du Québec.

En soumettant le droit de protester à l'autorisation préalable et au contrôle de la police, la loi 78 compromet le principal moyen de mobilisation permettant de freiner l'escalade des guerres impérialistes et les dépenses militaires du gouvernement canadien sous Stephen Harper.

Dans une boutade restée célèbre, on expliquait à un citoyen lambda ce qui distinguait le communisme du capitalisme. Le premier serait l'exploitation de l'homme par l'homme et le second exactement le contraire! On s'aperçoit qu'on avait à choisir entre la peste et le choléra. Dans une contribution précédente, j'avais pointé du doigt le fait qu'à des degrés divers l'indignation était planétaire mais que les méthodes différaient.

par Marie-Ève Sylvestre

Photo : La Presse canadienne (photo) Peter Mccabe

La police de Montréal a procédé à 34 arrestations dites «préventives» lors de la fin de semaine du Grand Prix de Formule 1.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à 34 arrestations « préventives » cette fin de semaine en marge du Grand Prix de Montréal, en plus de multiplier les contrôles d'identité et les fouilles dans le métro et sur le site du Grand Prix.

La ville de Montréal somnolait encore alors que les arrestations avaient débuté tôt en matinée. Des cortèges de voitures noires aux vitres teintées s'étaient immobilisées devant la résidence de quelques enfants présumés manifestants; des phalanges de policiers armés, garde-chiourmes de l'État policier, s'étaient précipitées à l'assaut pour perquisitionner, fouiller, arraisonner et intimider.

Par Keith Jones
6 juin 2012
Vingt mille personnes ont affronté la pluie battante samedi après-midi pour se joindre à une manifestation tenue à Montréal en désobéissance à la loi 78 du gouvernement libéral du Québec et en soutien aux étudiants en grève de la province.

par Reporters de WSWS

L'adoption par le gouvernement Charest de la loi 78, qui interdit les manifestations spontanées et criminalise la résistance aux mesures d'austérité de la classe dirigeante, a provoqué un vaste mouvement d'opposition populaire à travers la province.

Une foule rassemblant jusqu'à quelques centaines de manifestants munis de leurs casseroles marche chaque soir dans les rues du Vieux-Longueuil.

Claude Jacqueline HERDHUIN

Loi 78 « Loi permettant au gouvernement d'instaurer la dictature pour le bien des nantis, du monde des affaires et de la politique »

Quand je lis « Loi permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent », je sens comme une poussée d'urticaire m'envahir...

En effet, cet intitulé atteste à quel point notre gouvernement nous prend pour des imbéciles.

Robert BIBEAU

La résistance étudiante contre la hausse des droits de scolarité et la crise sociale qu'elle a provoquée ont-elles pour origine : a) Un clash des générations ? b) Une séparation fédéraliste-souverainiste ? c) Une segmentation Montréal-régions ? e) Une dichotomie étudiants gâtés - payeurs de taxes excédés ? e) Une scission entre la gauche idéaliste et la droite pragmatique ?

Hervé Philippe

Depuis maintenant cent jours, les étudiants québécois manifestent contre l'augmentation des frais de scolarité.

Monsieur le Premier ministre, je vous fais une lettre que vous ne lirez pas, quand bien même vous en auriez le temps.

Il y a dix ans, on m'a fait venir à l'Université de Montréal pour contribuer à l'excellence en enseignement et en recherche en bio?informatique, un domaine émergent particulièrement important pour la médecine moléculaire.

30 mai 2012 GENÈVE - Deux experts indépendants des Nations Unies sur les libertés de réunion et d'association pacifiques et d'opinion et expression ont exprimé aujourd'hui des préoccupations au sujet des manifestations qui se sont tenues au Québec le 24 mai, qui auraient impliqué des actes de violence graves et abouti à l'interpellation d'au moins 700 manifestants.

9 youtube

Des associations étudiantes, syndicales, communautaires et environnementales du Québec ont déposé deux requêtes visant à contester la loi spéciale 78, vendredi, au palais de justice de Montréal.

Il s'agit d'une requête en sursis d'exécution, qui vise à empêcher la mise en application de la loi, et d'une requête en jugement déclaratoire et en nullité, qui vise à rendre inconstitutionnels certains aspects de la loi.

Nous sommes un regroupement spontané de juristes appuyant la contestation de la Loi 78.

Nous avons rendez-vous au Palais de justice de Montréal, lundi 28 mai 2012, à 18h30, pour une marche silencieuse jusqu'au Parc Émilie-Gamelin. Nous serons vêtus de nos plus beaux apparats afin de rappeler la dignité inhérente à nos professions et notre système de justice fondé sur la primauté du droit et le respect des libertés fondamentales.

Par Keith Jones
28 mai 2012

L'Assemblée nationale du Québec s'est exceptionnellement réunie hier soir pour que le gouvernement libéral puisse passer une loi spéciale afin de briser la grève étudiante qui dure maintenant depuis 14 semaines à travers la province.

Mercredi, en annonçant que le gouvernement avait l'intention de légiférer contre les étudiants, le premier ministre Jean Charest s'est présenté comme un défenseur du droit de manifester et un opposant de la violence.

Les casseroles ont pris la place des casseurs, jeudi soir.
Des milliers de simples citoyens ont pris part à des manifestations nocturnes spontanées et festives, chaudrons, poêlons et sauteuses à la main. Le mouvement a dépassé les frontières de Montréal, pour gagner d'autres régions du Québec.

alterinfo.net

Le collectif d'activistes informatiques Anonymous a diffusé une nouvelle vidéo, vendredi, sur YouTube, dans laquelle il demande au gouvernement du Québec de faire cesser toutes violences policières envers les manifestants pacifiques.
Dans cette vidéo, intitulée «Police et Violence», le collectif indique qu'il «a été particulièrement choqué et horrifié par l'extrême viole

Pour casser le mouvement de protestation des étudiant(e)s, le gouvernement québécois a adopté en urgence, ce 18 mai, une loi obligeant à une déclaration préalable pour stoute manifestation de plus de 50 personnes. S'en est suivie une levée de boucliers dans toute la société, et les étudiant(e)s ont engagé un recours pour contester la constitutionnalité de cette loi.

Désobéissance civile totale face à la loi spéciale

par Julie Lévesque

En s'appuyant sur des sondages douteux pour imposer une loi liberticide visant à tuer un mouvement étudiant qui ne s'essouffle pas et manifeste depuis une centaine de jours, le premier ministre du Québec a plutôt, pour employer une expression qu'il affectionne particulièrement, « tout mis en œuvre » pour provoquer le suicide politique de son gouvernement et donner naissance à une lutte populaire dépassant largement le conflit étudiant.

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